VELOS FANTÔMES / GHOST BIKES
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[READ IN ENGLISH] D’habitude, les monuments aux morts, ça ne me fait pas grand-chose. Je passe devant, je passe derrière, je jette un oeil sur les obus de la guerre de 14 qui me font toujours penser à des énormes suppositoires et j’arrive rarement à garder mon sérieux, me concentrer, à compatir et à répéter pour la énième fois : « Quel malheur la guerre ! ». Les soldats moustachus en bronze me laissent froid, comme eux. Et pourtant, j’essaye obstinément, par respect mais sans succès d’avoir l’oeil humide : ça ne marche jamais.

Ce matin, j’ai enfourché mon vélo pour aller faire des courses à Chinatown, via le pont de Williamsburg, coté Brooklyn. Et à l’entrée de ce pont, accroché à un poteau se trouvait ce vélo tout peint en blanc avec des fleurs en plastique accrochées sur le cadre.

En me rapprochant, j’ai compris qu’il s’agissait là d’un monument à la mémoire d’un de ses cyclistes new-yorkais qui laissent leurs peaux sur le macadam défoncé et hautement dangereux des rues de cette ville. Ces choses émouvantes et humbles on en rencontre de ci de là au hasard des rues New Yorkaises. Elles sont mises en place par les copains ” messengers” de la victime.  Ce vélo peint en blanc était le vélo du type en question. Son nom écrit au feutre bleu avait presque disparu. Je suis descendu du mien et j’ai bien passé cinq minutes à le regarder en silence.  Et pour la première fois, devant un monument aux morts, je n’ai pas eu à me forcer pour avoir l’oeil humide.

Usually I am not interested in monuments, mausoleums, or tombstones. I pass in front of them, I pass in back of them. I glance at the bomb shells that memorialize  WW I; they always make me think of giant suppositories and rarely do I take it seriously, concentrate, sympathize or say for the hundredth time: “War is a terrible thing”. The mustached soldiers in bronze leave me cold, like them. What’s more I try, obstinately, out of respect, but it never brings tears to my eyes; it never works, never.

This morning I got on my bike to get some groceries in Chinatown; from Brooklyn I take the Williamsburg Bridge. There at the entrance to the bridge, attached to a light-pole was a bike, entirely painted in white with plastic flowers fastened to the frame. As I got closer I understood that it was a monument memorializing a New York City cyclist who left his life on the pot-holed asphalt of the highly dangerous streets of the city. One encounters these “white bikes”, moving and humble, here and there on the streets of NY. They are put in place by the “messenger friends” or family of the victim. This white bike was one of those monuments; the bikers name, written with a blue felt-tip pen, had almost disappeared. I got off my bike and spent a good five minutes looking at the bike in silence. And for the first time, in front of a monument, tears came to my eyes, voluntarily.