LE SALE CON – A DUMB JERK
0 votes, 0.00 avg. rating (0% score)

(ENGLISH VERSION) Je  l’ai tout de suite vu, l’enfoiré. Du pont. Il avait de l’eau jusqu’en haut de ses horribles cuisses bovines. Une chemise hawaïenne rouge avait du mal à couvrir son estomac velu et de son bob blanchâtre dépassaient des mèches grasses. Mais ça, c’est rien ! Le plus grave va venir. Il pêchait A LA CUILLERE sur MON spot, là, juste derrière la petite chute d’eau en aval. Quand je dis MON spot, il serait plus juste de dire que je le partageais avec deux amis, Henri et Tom. Bien sûr, il n’y avait pas de panneaux « propriété privé » mais, quasiment tous les pêcheurs de la région étaient au courant et respectaient cet endroit exceptionnel. En deux mots, la raison, la voici. C’est Tom qui l’avait déniché le premier. Ce trou était hanté par une truite, une truitasse de rêve. Une grosse fario magnifique. Des points rouges comme les feux arrières d’un camion Mack, des lèvres charnues comme celle d’une actrice de films pornos (c’est d’ailleurs pour ça qu’on l’avait baptisé ” Nina” en l’honneur de Nina Roberts) et des nageoires orangées, larges comme des mains de bébé. En bref, un animal quasi mythique  que nous adorions.

Tom l’avait d’abord capturé sur une imitation de sauterelles et l’avait bien sûr remise à l’eau. Puis, trois semaines après, ce fut le tour d’Henri  de la  leurrer avec une émergente. Et le mois suivant, je la choppai avec une imitation de scarabée. Nina nous faisait quand même drôlement la gueule à chaque fois qu’on l’attrapait. On pouvait facilement deviner qu’elle nous insultait dans la langue des truites : « Vous n’avez pas fini de me faire chier, bande d’emmerdeurs ! Trouvez ça marrant ? » Mais comme on la remettait sagement à l’eau, Nina ne se plaignait jamais bien longtemps. Et ça faisait deux ans que ça durait, ce manège . Elle s’était fait prendre au moins une douzaine de fois.

Jusqu’à ce jour où l’enfoiré à chemise rouge… immédiatement j’appelai Henri sur mon portable. Que je vous mette au courant. Henri est un type délicieux . Difficile de se fâcher avec lui. Il n’a qu’un seul défaut de taille, c’est celui d’adorer chanter. Pas grave me direz-vous ? Sauf que vous n’avez jamais entendu Henri chanter. Toutes les tortures chinoises, les bambous sous les ongles et même la goutte d’eau sur le sommet du crâne sont des délices à côté d’Henri et de sa guitare. Dès qu’il se met à pincer une corde, c’est un avant-goût de l’enfer, un appel au meurtre.  « Allô, Henri… vient vite avec ta guitare, il y a un enculé qui cherche  des misères à Nina… grouille-toi… emergency ! » Même pas une minute plus tard, il s’asseyait sur un rocher à côté du salopard et se mit à assassiner J’entends siffler le train. Déjà, dans les années 60, quand c’était le célèbre Richard Anthony qui chantait ça, c’était duraille  mais avec Henri et sa guitare, même les cigales se bouchaient les oreilles. On frisait l’apocalypse.

On voyait bien que que “la saloperie” et sa canne a lancer avait du mal à accuser le coup. Une drôle d’espèce de raideur dans la nuque… mais, il était coriace, ” la pourriture” et n’était pas prêt à baisser les bras. Alors, j’appelais Tom. Tom a trois gosses qui peuvent passer en un rien de temps de l’état de moutons bêlants à celui de meute de chiens sauvages. « Amène tes gosses en vitesse, Tom et dis leur de se baigner là où cette espèce de porc cherche des misères à Nina.

Pas cinq minutes plus tard, le type pliait boutique et Nina était sauvée du congélateur. Le lendemain soir, Henri nous  racontait qu’il était passé vers 18h00 au bord de la rivière , qu’il avait vu Nina et qu’elle lui avait souri avec ses grosses lèvres si sexy. Mais, peut-on faire crédit aux histoires d’Henri, lui qui pourrait les yeux bandés retrouver le chemin de la cave vinicole. Toujours est-il que depuis ce jour, Nina a fait ses valises . On ne peut pas lui en vouloir, mais avec qui on va jouer, maintenant hein ? REVIENS, NINA ! On te jure ! On ne mettra même plus d’hameçons à nos mouches ! !!

I saw him right away. The jerk: Dupont. He was in the water right up to his cow-like thighs. The red Hawaiian shirt barely covering his big hairy stomach and his greasy hair flailing beyond of his white cap. But that was nothing; the worst was yet to come. He was fishing with A SPOON on MY spot, right there, downstream, behind the little rapid.When I say MY spot it would be more accurate to say OUR spot, I share it with my two friends Henri and Tom.  Of course we don’t post any “private property’ signs, but practically all the fishermen in the area know and respect this exceptional spot. Briefly here’s the story: the first to discover the pool was Tom; it was haunted by a trout, a dream trout. A huge, magnificent wild trout; red spots like tailights on a Mack Truck; thick pouty lips like a porno star (in fact that’s why we baptised her “Nina” in honor of Nina Roberts) and orange fins as large as a baby’s hand. In other words the “mythical trout” that we all adore.

Tom was the first to catch and release her on an imitation grasshopper. Then, three weeks later, it was Henri’s turn to raise her with an nymph. The following month I brought her in on an imitation beetle.  Each time that we caught her, Nina was clearly offended. It was easy to imagine her insulting us in trout language: “Can’t you stop pissing  me off, you lousy bunch of assholes! You think it’s funny?” But we always carefully released her into her waters and Nina didn’t complain for long. This went on for two years, this relationship. We must have taken her at least a dozen times.

Until the day that the asshole in his red shirt…

right away I called Henri on my cell phone. Let me bring you up to snuff on Henri; Henri is an absolutely delicious guy. It’s impossible to be annoyed with Henri, he only has one fault; he loves to sing. What’s wrong with that you say; well you’ve never heard Henri sing. All the chinese tortures with bamboo under the fingernails or waterboarding is a picnic compared to Henri with his guitar. The minute that he begins to pick on a cord it’s a taste of hell; a call to murder.

“Hello, Henri… Come quickly with your guitar, there’s an asshole who’s trying to fuck Nina… hurry, it’s an emergncy!  In less than a minute he was sitting on a rock next to the jerk and commenced to murder “I hear the train whistle blowing”. In the 60′s when the celebrated Richard Anthony sang the song it was already difficult to tolerate, but with Henri and his guitar, even the cicadas blocked their ears. One felt the apocalypse at hand.

It was clear that the jerk was having trouble continuing to fish, trouble ignoring the assault. But he maintained himself with a funny kind of stiffness… he was a tough one, this ‘piece of garbage” but wasn’t ready to give up. So I called Tom. Tom has 3 children who, in the blink of an eye, can change from cuddly sheep to wild, savage canines. “Quick Tom, bring your kids and get here as fast as you can; get them in the river next to this pig who is making Nina miserable.”

Five minutes later the guy folded, put away his equipment and Nina was saved from the freezer. The next evening Henri told us that he passed THE SPOT around 6 o’clock and saw Nina who smiled at him with her big sexy lips.  Well, perhaps we can chalk up the stories of Henri to the fact that it’s possible for him, blindfolded, to find the nearest bar in an unknown city. Anyway it’s a fact that since that day Nina seems to have packed up and left; no one has seen her. You can’t blame her, but who do we play with now?

NINA, COME BACK!  We swear, we promise, we’ll never, ever, use hooks on our flies.