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Jacky Gaillard est le nouveau venu dans notre bande, voici une petite histoire pour vous faire rêver !

En posant le pied sur la dernière marche de l’escalier de la terrasse, j’entends Ted qui vocifère à l’attention des « lève- tard » qui somnolent à l’intérieur du chalet qui surplombe les gorges de la Stora Laxa ou Grand Saumon en Islandais. « Debout ! Comme hier, on commence par le pool du pont ! ». De la fenêtre de la cuisine Ted m’aperçoit sur le chemin qui mène à la rivière, il ouvre la porte du chalet et me crie :

« tu vas où ? »

« Mon nom est Yack de la tribu des Tètes-Plates et  je monte jusqu’aux chutes ».

« Je viens avec toi » !

« Too late, amigo » !

Il ajoute : « T’es con, de toutes façons il n’y a pas un saumon sur la partie haute ».

Je passais rapidement la butte pour faire face au grand canyon, une faille sombre de cent cinquante mètres de haut avec au fond un petit trait bleu claire qui scintille et serpente pour rejoindre le ciel. Seul j’aime partir en pleine nature pour pêcher, personne pour vous emmerder, pas mêmes vos pensées toxiques qui s’envolent aux premières bourrasques de vent.

Aujourd’hui j’avais un plan, celui de marcher sur les bords de la falaise qui surplombe les pools afin de repérer un saumon. Avec précaution  je descendrai, en bas au bord de l’eau  je trouverai un tapis de mousse sèche pour m’allonger et à poil, mon chapeau sur la tête pour me protéger du soleil du grand nord, je lirai « Les Légendes d’Automne  » de Jim Harrison  que j’aurai emmené, coincé entre mon ventre et ma ceinture tribale rouge sang.

Je prendrai mon temps, le saumon serait à quelques mètres de moi, souvent je fermerai mon livre, j’essayerai de le voir. On passera la journée ensemble.

En fin de soirée  je suis distrait par un vol d’oies sauvages qui remontent la rivière et je les regarde disparaître pour ne voir qu’une trainée de points noirs, il fait plus sombre, je frotte mes yeux, je regarde au milieu de la rivière le gros rocher plat que l’on aperçoit sous vingt centimètres d’eau. La surface de la rivière qui lui glisse dessus par l’effet du remous qu’il provoque est un miroir et je sais que sans effort, il est la, il ondule. Je reprends ma lecture « Apres avoir abattu les deux hommes, Ludow s’effondra » et c’est à ce moment précis que le saumon décide de fendre le miroir.

Sans précipitation, je vérifie ma mouche accrochée à ma canne, elle est élégante c’est  une petite noire avec une espèce de traine verte fluo, je prends soin de lui enlever son ardillon et de lui entrouvrir son hameçon. Je suis calme rien ne me presse. Je rampe de quelques mètres et m’assieds sur un rocher, je dévide de mon moulinet quelques mètres de soie et en roulé  je pose ma mouche sur le miroir, ma respiration est retenue ma soie s’échappe de mes doigts, il est là au bout de ma ligne, ma soie se tend comme ces cordes qui retiennent les premiers sauts d’un espadon meurtri dans ses chairs par le fer rouillé du harpon, le moulinet se met à crier, je suis debout sur le rocher j’essaye de le voir à tout prix, je sais qu’il va s’échapper ,je suis seul ,je hurle de joie .———————————————ENGLISH—————————————-Jacky Gaillard is the newbie in our team, here’s a little story so you can daydream.

As I strop down from the veranda, I hear Ted’s voice exhorting the late sleepers still dozing inside the lodge, high above the gorges of Stora Laxa (Icelandic for “big salmon”). “Get up! We’re starting from the bridge pool, just like yesterday.” From the kitchen window, he catches me walking over to the river. He opens the door and calls me:

“Where are you off to?”

“My name’s Yack. I’m a member of the Flatheads tribe. Going up to the falls.”

“I’m coming with you !”

“Too late, amigo !”

He replied, “Asshole. Anyway, there’s no salmons upstream.”    

I quickly climb over the hill and find myself high above the dark canyon, gazing the river some four hundred and fifty feet below, a shiny streak zigzagging its way towards the sky. I like to fish alone in the wild, with no one around to bother me, not even toxic thoughts that vanish with the first strong breeze.

My plan that day is to walk along the edge of the cliff above the pools and look for a salmon. I will then carefully climb down to the river and look for a spot where the moss is dry and I can lie down naked, with just my hat to shield me from the northern sun. I will read Jim Harrison’s “Legends of the Fall,” which I’ve brought along, tucked between my belly and my dark red tribal belt. I’m going to take it easy, with my salmon only a few feet away. Every now and then I’ll close my book and try to see him. We’ll spend the entire day together.

A little before nightfall I am distracted by a flight of wild geese hurrying up the river. I watch them fade away into a pattern of black specks. It is now almost dark. I rub my eyes and focus on a large flat rock under a foot of water in the middle of the stream. As the water glides over him, it forms a small mirror-like whirlpool. I know my salmon is there, undulating effortlessly. I go back to my story, where Ludlow has just collapsed after shooting the two men, which is precisely when he decides to break the mirror.

I calmly check the fly at the end of my rod, a stylish small black lure with a glowing green trail. I carefully remove the barb and spread the hook slightly open. Everything’s cool. I’m in no rush. After crawling up a few feet, I sit down on a rock, let out a few feet of line and place the fly delicately on the mirror. I hold my breath as the line slips through my fingers. He’s there, at the end of my line, which suddenly tightens up as it would if it had been caught by a bounding swordfish wounded by a rusted harpoon. The reel is screaming. I’m standing on my rock, trying to see it all. I know he’s going to slip away. I’m alone. I holler with joy.