PÊCHER AVEC HEMINGWAY/ FISHING WITH HEMINGWAY
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C’est dans les années 19.. que je l’avais rencontré , le « Papa » Hemigway. Dans un bar de Key West, assis sur un tabouret, il sirotait un truc fourbe et opaque et avait l’air au bout du rouleau. Sa barbe était encore plus blanche que sur les photos et ses rides racontaient des histoires violentes.

J’avais eu le culot et le courage d’engager la conversation avec lui qui, visiblement avait surtout envie qu’on lui foute la paix. Mais peut-être mon terrible accent français.., allez savoir, mais Papa tourna la tête vers moi.

- My God… a frenchy !  Qu’est-ce que vous foutez dans ce bled de merde ? Key West, dans ma jeunesse, ça ressemblait quelque chose de vrai ; aujourd’hui, c’est tout du plaqué or, rempli d’obèses pleins de ketchup. À vomir.

- Moi, je suis venu ici pour la pêche 

-La pêche ? Un Français ? Ça aime la pêche les français ?

-Attends un peu Papa que je finisse mon Bourbon   »4 roses » et je vais te faire voir comment j’aime ce machin là.

Une heure après, nous étions tous les deux sur son bateau et déjà Key West n’était plus qu’un misérable mirage, au loin. Comme ça ne mordait pas lourd, Hemingway se mit à me raconter la France, sa France, son Paris des années 1920 quand il avait débarqué tout jeunot avec sa femme et qu’ils habitaient rue du Cardinal-Lemoine qui à l’époque était un quartier d’une grande pauvreté. Écoute Flèche. Ce quartier pourri était le paradis pour nous. Malgré notre compte en banque tout plat, nous mangions à notre faim, buvions du bon vin et faisions l’amour comme des ânes dans cette petite chambrette sous les toits de Paris. Je sais, tu ne vas pas me croire, mais à l’époque, tous les matins, il y avait un troupeau de chèvres qui descendait notre rue, avec son gardien qui jouait du  pipeau pour alerter les clients potentiels. Les amateurs descendaient de leurs appartements insalubres avec des pots  et le berger trayait les chèvres , remplissant ces pots  de lait couvert d’écume fumante et délicieuse. Magnifique époque, non ?

- Dis donc, Papa, tu me prends pour un touriste ou quoi ?

- Juré, croix de bois croix de fer. Paris, c’était ça à l’époque. On pouvait rencontrer James Joyce  au restaurant  » Michaux » à l’angle de la rue Jacob ou se faire inviter par Gertrude Stein et sa copine au gros nez crochu.

Et la pêche dans tout ça ?

- Tu ne peux pas aujourd’hui imaginer les belles pêches qu’on faisait à l’époque sur la Seine. Les fritures de goujon de l’île Saint-Louis. Des merveilles. Il y avait des vrais professionnels du goujon. Moi je passais mon temps à les regarder quand j’arrêtai d’écrire. Ah ! Paris !. J’ai même écrit un livre sur ce temps-là qui s’appelle je crois me souvenir « Paris est une fête »

Bien des années ont passé depuis cette brève rencontre avec Papa Hemingway. Aujourd’hui, pour mon petit Noël, ma délicieuse femme vient de m’offrir ce merveilleux livre » PARIS EST UNE FÊTE » ( Gallimard ). Nostalgie ? Pas qu’ un peu,  mon neveu ! Ernest, I LOVE YOU FOREVER !

It was in the 19… that I met « Papa » Hemingway. In a bar in Key West, he was sitting there on a barstool sipping something opaque and treacherous and he looked like he was at the end of his rope. His beard was even more white than in his photos and his wrinkles told stories of violent times.

I had the courage and the balls to walk up and talk to him, he who clearly wanted to be left in peace. Maybe it was my « frenchy » accent, who knows, but Papa turned his head toward me.

« My God… a Frenchy! What the hell are you doing in a shitty hole like this? When I was young Key West was something real; today it’s gold-plated and filled with fatsos who are bulging with ketchup. Makes you want to throw-up. »

« Me, I came here for the fishing. »

« Fishing? A frenchman? Do the french like to fish? »

« Wait a minute Papa, let me finish my « 4 Roses » (bourbon) and I’ll show you what I love about fishing. »

An hour later the two of us were on his boat and Key West was only a miserable mirage in the distance. As the fish weren’t really biting, Hemingway started telling a story about France, his France of the 1920′s, when still green behind the ears he arrived with his wife and lived at rue Cardinal-Lemoine which at the time was a really impoverished neighborhood.

« Listen Fleche. That dismal neighborhood was paradise for us. In spite of our empty bank account, we ate what we wanted, drank good wine and made love like donkeys in that little studio beneath the roofs of Paris.  I know, you’re not gonna believe me but at the time, every morning, there was a troop of goats that went down our street with their shepherd; he played a flute to alert his potential clients. The lovers of goat’s milk ran down from their unhealthy apartments with pails and the shepherd milked the goats right there, filled the pails with foaming, steaming and delicious milk. Those were the days… magnificent, no? »

« Hey, Papa, you take me for a tourist? »

« I swear, cross my lips and hope to die. Paris was like that at that time. At the corner of rue Jacob  at the « Michaux » restaurant you could run into James Joyce or get invited by Gertrude Stein and her girlfriend with the big nose. »

« And where’s fishing in all of this? »

« Today you can’t imagine the beautiful fishing we did at that time, in the Seine.  On I’ile Saint-Louis we ate gudgeon like french fries. It was a marvel. There were professionals; fishermen who only went out for gudgeon.  Me, I spent hours watching them when I would finish writing. Ah! Paris! At that time I wrote many stories that I thought of collectively as « Paris: A Moveable Feast ».

Many years have passed since that brief encounter with Papa Hemingway. Today, for Christmas, my delicious wife gave me a marvelous book « A Moveable Feast » (the restored edition) published by Scribner. Nostalgia? You bet your life, my son!  Ernest, I LOVE YOU FOREVER!