Preuve du génie Français.
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J’ignore si vous êtes comme moi, mais les voyages en voiture m’ennuient. Tellement que la tentation d’aller écraser ma bagnole contre le premier platane venu me vient souvent à l’esprit. Je ne le fais que rarement par souci de la santé de ces merveilleux arbres.

Les seules fois où je monte avec plaisir dans ces fichues automobiles sont quand Cyril et moi partons à la pêche. Et si c’est Cyril qui conduit bien sûr, me laissant le loisir de me régaler des paysages et  passer notre temps à nous raconter des histoires, les plus loufoques, les meilleures.

Et ce jour béni de mon anniversaire, nous étions en goguette direction une rivière dont Cyril avait gardé le secret.

J’avais reçu comme cadeau un merveilleux livre sur la vie du célèbre douanier Rousseau, artiste magnifique. Un enchantement dont je voulais partager mon bonheur avec mon loustic de camarade pilote.

Il m’interrompit : « Bon d’accord, Flèche, le douanier Rousseau, c’est pas de la crotte de bique, c’est frais comme un verre de rosé et riche comme de l’Aligot aveyronnais. Mais connais-tu cet autre Rousseau, j’ai nommé Jean Rousseau ?

- “j’ai l’impression que tu vas encore me raconter une connerie. Je me trompe ? fis-je.

-« Complètement, mon ami. Laisse moi te raconter l’histoire extraordinaire et véridique de Jean Rousseau.

Ça se passe dans les années 50 à Malakoff dans la banlieue parisienne. Le Jean Rousseau était un mécanicien un peu fêlé dans le genre de ton douanier. Mais ce n’était pas la peinture qu’i le hantait. Non, son rêve était de construire un sous-marin dans le garage de son pavillon de Malakoff et de faire une plongée dans la Seine.

Le 11 octobre, la préfecture de police avait interdit la plongée de l’engin prétextant un je ne sais quoi d’administratif.

Jean Rousseau, têtu comme une mule refusa de tenir compte des autorités et déclara : « J’entends, avant la clôture du salon nautique, leur prouver de visu que mon sous-marin, le Malakoff, plonge … Et qu’il remonte.

Et le matin du 13 octobre, à la hauteur du pont de Billancourt, quelques milliers de personnes purent admirer le chef-d’oeuvre de Jean. L’engin mesurait 2 m 50 de long, 75 cm de large et 1 m 10 de hauteur et, à 10h40 exactement, il plongeait dans une relative clandestinité.

Les secondes, les minutes passaient. L’intérêt du public passa de l’enthousiasme à l’inquiétude.

-« Il tient longtemps, dit un badaud.

-« Trop longtemps, riposta un expert.

C’est alors qu’un bouillonnement aquatique qui avait suivi l’harmonieuse plongée du Malakoff se reproduisit à la surface du fleuve.

-Ah! fit le public.

Un triomphe ? Pas tout à fait, car, à moitié asphyxié par les gaz de son « moteur de surface » Jean Rousseau s’extirpa de la machine, fit trois pas et s’abattit sur le quai

Les pompiers, alertés par des bons samaritains, durent pratiquer la respiration artificielle.

Un peu plus tard, il accepta de répondre à des journalistes présents.

-« Et combien il vous a coûté votre sous-marin ? »

-« Moins cher qu’une grosse motocyclette. Les motocyclettes coûtent beaucoup trop cher et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu prouver que pour ces sommes prohibitives on pouvait construire un sous-marin.

Ainsi parla l’homme dont l’invention pacifique révolutionnera peut-être demain le monde des touristes aquatiques.