Broc corrézien

On s’était, comme d’habitude retrouvé Chez Maryse, rendez-vous obligatoire lorsqu’on pêche la haute Dordogne, entre Argentat et Beaulieu, cette partie que l’on pourrait surnommer Le Gras, tellement elle est généreuse en Ombres et en Truites, enfin d’habitude, car après avoir galèré trois jours avec nos mouches sèches, Grégoire qui nous attendait attablé au soleil déjà chaud, me dit: aujourd’hui, changement de crémerie, on va au brochet sur le lac de Hautefage !

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Chez Maryse

La route montait sans cesse, nous nous élevions au-dessus de la vallée, puis une fois sur le plateau, nous avons filé en tournicotant dans la vallée, par le toit ouvrant on voyait la cime des arbres se refermer sur nous et nous envelopper comme dans un tunnel, puis au bout d’un chemin à moitié carrossable, un petit port, une mise à l’eau, et là, nous attendaient Charlie Touche et Patrick Taillard de l’Association des Guides de Pêche de la Corrèze avec leurs bateaux. IMG_5747

Le Lac de Hautefage

Je n’avais jamais pêché le broc, ou alors une fois, depuis la berge ou j’avais fait bredouille et était rentré à la maison couvert de vase, et une autre fois où j’avais avec Grégoire, allongé dans un canoë, fini par n’énerver que des black bass. Donc, là, j’étais dans la VRAIE pêche du broc, sur un bass boat, avec un guide pro dans un vrai lac à brochets !green

Lancer sous les bois morts.

Oui, un vrai bass boat, j’avais apporté ma canne à bonefish, une 9#8wt et j’ai lancé et lancé et relancé, sous les frondaisons, dans les bois morts, un streamer gros comme un poulet, je me suis tout de suite senti à l’aise, car c’est une pêche très proche de celle que je connais pour le Snook, le barracuda ou les baby tarpons, à balancer les streamers sous la mangrove. La similitude ne s’arrête pas là, il y a le bateau, le lancer dans les branches (une fois qu’on a réussi à dépasser le blocage mental qui nous fait retenir instinctivement la soie pour ne pas qu’elle se foute dans les branches), il y a la voracité avec laquelle le brochet se jette sur la mouche ! Sa bouche et ses branchies sont tellement grands qu’en fait cela fait un aspirateur d’eau et la mouche est carrément happée par le courant créé par le poisson ! Bref, si le broc à faim, peu de chances de le rater ! Bon, nous n’avions pas les meilleures conditions, ce temps orageux du mois de Mai a non seulement boulversé les rivières (sans compter la neige de la semaine dernière sur les hauteurs ! ) mais la pression atmosphérique a eu de telles variations que tous les poissons de France ont été perturbés. Donc le matin je rate deux attaques, pas de franches attaques mais de petits brocs plutôt curieux de voir un streamer à peine plus petit qu’eux. Puis l’orage est arrivé, nous avons trouvé refuge sous les arbres, comme les pluies tropicales. patrick-boatA l’abris sous les arbres.

L’après-midi, après la pluie, ça a changé, tout d’abord le casse croûte de Maryse m’avait requinqué mais je sentais comme un second souffle, et j’étais déterminé à faire un broc à la mouche ! Charlie, lui, spécialiste des carnassier avait exploré toute une berge de ce lac magnifique, enserré par des forêts qui tombent jusqu’à l’eau, presque sauvages. Tout le long des berges des arbres tombés naturellement dans l’eau offrent un abris rêvé pour les brochets. Mais même au leurre, Charlie n’a rien sorti. IMG_4767

Charlie et Cyril

Je remonte donc sur l’avant du bass boat, Charlie le dirige au moteur électrique et nous voilà reparti, à me démonter l’épaule a double tractionner avec mon poulet multicolore (qui ressemble plus à un peacock bass qu’à un poisson qu’on imagine dans les lacs corréziens), et puis l’anime, je stripe, je stripe, je stripe encore et là, jaillissant de sous un saule, rapide comme l’éclair, si rapide que je ne l’ai qu’à peine vu, LE brochet ! Gros, gras, fort, ma canne se tord, une touche franche et rapide, comme celle d’un Snook ! Un combat assez court et une mise rapide à l’épuisette, on met le poisson à bord, une paire de pinces pour lui enlever la mouche sans se faire pourrir les doigts, mesuré (85 cm de fierté), une photo et remise à l’eau ! Le poisson me glisse des mains, comme dans un toboggan invisible et repart en ondulant vers le noir du profond du lac.

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LE Brochet !

Que d’émotions, mais un soulagement pour tous, imaginez, vous pêchez avec trois guides et vous ne faites pas de poisson ! Jamais eu un tel poids sur les épaules, et à propos d’épaules, je me ferai bien masser les miennes, 6 heures de double traction avec un streamer mahousse, ça calme ! Ensuite on est reparti, confortablement assis dans le bass boat, on a filé a travers les bras du lac, magnifique, pour regagné la mise à l’eau. Un vrai jour de bonheur, le jour où je me suis dis, je vais me mettre à la pêche au brochet ! Une journée formidable ! Merci Patrick, Grégoire et Charlie ! IMG_5783

Le bateau de Patrick