CAUCHEMAR A YELLOWSTONE NIGHTMARE
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[READ IN ENGLISH] Nous avions décidé de dresser la tente et de passer la nuit  sur cette petite colline surplombant une magnifique rivière. Après toute la journée à se bagarrer avec un furieux blizzard , j’étais rudement content de poser mon cul et même s’il ne disait pas un mot, le Steve en avait également plein les bottes. Il faut vous dire que le Steve en question n’avait appelé un mois auparavant de son bled perdu dans le Minnesota en me priant de lui tenir compagnie pendant ce voyage de deux semaines à ski dans le parc de Yellowstone. À oui! j’avais oublié de vous dire qu’on était en février et, que là-haut en cette saison les températures ne montent jamais bien plus haut que -5. J’avais eu envie de lui raccrocher au nez mais le son de sa voix était tellement plaintif comme un vieux chat à moitié crevé, du style : « Flèche, mon cher ami, il faut absolument que tu viennes avec moi, je paye ton billet d’avion et tout le tremblement, c’est le rêve de ma vie et personne d’autre n’est disponible ».  Qu’est-ce que je suis con ! J’aurais dû me douter que si personne ne voulait accompagner Steve, c’est qu’il y avait une bonne raison. Mais, retournons à notre campement en haut de notre petite colline. Le Steve sort son camping gaz et va pour ouvrir une boîte de corned-beef. Hier soir, il m’avait déjà fait le coup du corned-beef et ça m’avait donné la chiasse toute la nuit.  »Stop, camarade. N’ ouvre surtout pas cette saloperie . Ce soir, c’est moi qui régale. Sort la poêle à frire, moi je me charge des truites. » Un copain connaisseur m’avait affirmé que ces rivières de l’Idaho étaient remplies de truites cuthroat et mon adorable femme, pensant à tout et surtout au plaisir de son homme avait glissé dans mon sac à dos avant mon départ  une petite bobine de fil de nylon noué à un morceau de liège, souvenir d’un voyage récent sur la côte Pacifique du Mexique. Là, les gamins du village ou nous séjournions accrochaient des vieilles sardines au bout de leurs lignes qu’ils balançaient dans les vagues de la plage. Et les poissons qu’ils sortaient, c’était pas Dieu possible !

Et, j’étais sûr de pas être plus con que ces gosses. Enfin, c’est ce que je me disais. La suite me prouva le contraire. Et me voilà , dans la poudreuse , dégringolant la colline jusqu’au bord de la rivière. Là, je dévide une dizaine de mètres de fil de pêche, au bout de laquelle, j’accroche une grosse imitation de nymphe de pierre, et  je mets à faire tournoyer cette ligne au-dessus de ma tête comme le faisait si bien Thierry la fronde, à la télévision quand j’étais minot. Après, je ne sais pas ce qui s’est passé au juste, le manque de bol, une grosse merde, en tout cas au moment où je lâchais cette foutue ligne, rien n’a fonctionné comme prévu. C’est une grosse boule, un vrai sac de noeuds avec un petit carré de liège attaché au bout, qui pris son envol et s’est retrouvé en plein milieu de la rivière, dérivant vers l’aval.

Terminé la séance de pêche ! Fini le rêve de truites aux amandes. Je me mis à remonter péniblement vers le campement, la honte au front. Évidemment, cet enfoiré de Steve avait été témoin de mes déboires. Il ne prononça pas un mot mais avec un petit sourire narquois au bord des lèvres , s’empara de la boîte de corned-beef. Là, perdu en plein milieu de Yellowstone, il m’eut été facile de devenir un assassin. Pendant un court instant cette idée m’encombra l’esprit, celle de passer derrière Steve, d’ouvrir le couteau Suisse qu’il m’avait offert la veille pour mon anniversaire et de lui trancher la gorge , imitant le rire sardonique de Christopher Lee dans « Les maîtresses de Dracula »( 1960). J’avais même prévu d’alerter les Rangers et de leur dire que nous venions d’être attaqués par des ours complètement cinglés et que mon ami avait succombé après une lutte sans merci. Mais, comme je me sentais incapable de retrouver seul mon chemin vers la civilisation, je n’en fit rien, mangeait lâchement ma part de corned-beef et passait la nuit suivante, accroupie dans la neige à vider mes boyaux.

We had decided to put up the tent and spend the night at the top of a little hill overlooking a magnificent river. After a whole day battling a furious blizzard I was thrilled to rest my ass and Steve, without saying a word, was equally bushed. I have to say, before everything, that the Steve in question called me a month ago from his hole in Minnesota, begging me to keep him company during this two week, cross country ski trip in Yellowstone Park. Sorry, I forgot to mention that it was February and that the high temperature up there never goes above 20°. I wanted to hang up the telephone on him but his voice was so lamenting, like an almost dead cat: ”My dear Fleche, you HAVE to come with me. I will pay for your expenses…it’s my lifetime dream and nobody else is available”. I’m so stupid. I should have realized that if nobody wanted to go with Steve, maybe there was a good reason.. O.K Let’s go back to our camp on the little hill.

Steve unloaded his Coleman stove and is about to open a can of Spam. Last night, we had done the same menu and I had the loose bowels all night long.

“ Stop, my friend, don’t open that motherfucker. Get the frying pan running. I going get us some trout for dinner.” Back home, a friend of mine assured me that these Idaho rivers were loaded with cutthroat trout and my adorable wife, thinking of everything and above all to her man’s pleasure, had put into my backpack a little spool of mono tied to a neat piece of cork, a souvenir from a recent trip to Puerto Escondido. There, the village kids would tie old sardines to their fishing lines, swing the lines over their heads and throw them out into the surf; they pulled in unbelievable fish. Here in Yellowstone, i was going to do the same, I was no more stupid than those mexican kids. The following story will prove the contrary. So, here I am in deep powder snow, tumbling down the hill toward the river’s edge. There I unwind few yard of the fishing line, tied on a heavy imitation of a stone fly and I began swinging the whole thing above my head like “ Thierry la fronde” (a kind of French Robin hood with a sling.), TV hero of my childhood. Then, I don’t remember what went wrong… bad luck, a big fuck up, but a ball of tangled line with that piece of cork that went flying and disappeared, drifting downstream.

Over! my fishing session. Over, my dream of trout grilled with almonds. Wearily I climbed the hill toward the camp with the mark of shame visible on my forehead. Of course, that fucking Steve had followed my misfortune. He didn’t say a word but with a little smirk, grabbed the can of Spam. There, lost in the middle of nowhere, it would have been easy to become a murderer. For a short time the idea haunted me. I would pass behind Steve, open the Swiss army knife he gave me two days ago as birthday gift and slit his throat while

imitating the sardonic laugh of Christopher Lee in “ Brides of Dracula” (1960). I even invented the tale I would say to the Park Rangers “ We had been attacked by crazy bears and my friend got killed after a ferocious fight.”

But because I was unable to find alone my way back to civilization without him, I didn’t do a thing. Cowardly I ate the Spam and spent the following night emptying my guts in the freezing darkness