Si tu lis le Mouching, c’est sans doute parce que tu as la pêche dans le sang, que tous les jours au moins un peu il te faut une dose, quelque chose qui te rappelle la rivière et ses odeurs, l’eau froide, les galets… Et probablement que, comme nous, tu représentes une sorte d’énigme pour tes proches. Tout ce temps, tout ce désir, toute cette énergie qui s’en va au fil de l’eau. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’on cherche ?

Karolane est la compagne d’un de ces mordus, là bas au Québec. Elle a pris sa caméra et l’a suivi sur la rivière pour peut être capter quelque chose de ce désir fou du pêcheur à la mouche…

La phrase la plus célèbre sur le sujet est attribuée à Thoreau : bien des hommes pêchent une vie entière sans réaliser que ce n’est pas après le poisson qu’ils courent. Et parce que c’est toi, ton Mouching te met dans la confidence : ce n’est pas une phrase de Thoreau, mais elle lui est attribuée par Baughman dans A River Seen Right. Ce que Thoreau écrit dans son Journal (26 janvier 1853), c’est ça :

C’est remarquable que bien des hommes aillent, pleins d’allant, à Walden Pond en hiver pour pêcher le brochet sous la glace, et pourtant semblent se moquer du paysage. Bien sûr, ça ne peut pas être juste pour le brochet qu’ils pourraient attraper ; il y a un peu d’aventure ; mais l’amour de la nature qu’ils peuvent ressentir est certainement très léger et sans contour. Ils appellent ça aller à la pêche, et en effet c’est cela, bien que, peut-être, leur nature profonde soit plus sage. Je vais maintenant à la pêche et à la chasse tous les jours, mais j’oublie le poisson et le gibier, qui sont ce qui compte le moins. J’ai appris à m’en passer. Ils n’étaient indispensables que quand j’étais enfant. Quand je vois une douzaine de villageois attirés à Walden Pond pour passer la journée à pêcher sous la glace, cela m’attire et me fait soupçonner que j’ai plus d’émules que je crois, mais cela me déçoit et me surprend qu’ils accordent tant d’importance aux poissons qu’ils prennent, ou ne prennent pas, et à rien d’autre, comme s’il n’y avait rien d’autre à prendre.